Numéro 3048 (9-15 octobre 2003) de

Tribune libre

Coup de chaleur

 

Christian de
MITTELWIHR

 

 

 

 

 

 

© Réforme


Depuis des années, les scientifiques avertissent, en criant dans le désert, que des bouleversements climatiques vont aller « crescendo » à cause de l’accélération, ou plutôt dérèglement, par nos émissions de gaz à effet de serre d’un phénomène naturel, le réchauffement de la biosphère. Face à cet avenir et pensant que la nature est en danger, les Chrétiens ont eu un regard condescendant vers la sauvegarde de la Création, même récemment le Conseil œcuménique des Eglises n’a mesuré l’enjeu réel des bouleversements à venir ! Obnubilés par le statut « image de Dieu » - donc dit hors-création - donné à l’homme, ils n’ont pas su tirer les conséquences de la situation, c’est-à-dire l’espèce en danger n’est que Homo sapiens, c’est-à-dire notre propre espèce (le but même de la Création selon certains théologiens), pas la nature.
La canicule de cet été et ses effets, pourtant annoncée par les scientifiques après celles ayant frappé l’Inde, les USA, le Maghreb, le Proche-Orient, ont été minimisés par l’unique recherche d’un responsable... des conséquences de la canicule, mais pas les responsables qui l’ont provoquée ! Reste à espérer que l’homme se sera rendu compte qu’une moyenne de température de quelques degrés de plus peut tuer des milliers de personnes, car les scientifiques annoncent une possible augmentation de cette moyenne, d’ici quelques décennies, jusqu’à 6°, alors que depuis un siècle l’augmentation a été de moins de 1° !

« Nul n’est sensé ignorer la loi de la nature »

Cette canicule sera-t-elle, sans autocritique, évacuée de la mémoire des citoyens comme les tempêtes, chablis et inondations... jusqu’au prochain événement, et les précédents sont peu de choses par rapport à ceux qui nous attendent à la fois en intensité et en fréquence. Pourtant, face aux preuves des scientifiques, nul n’est plus censé ignorer la loi de la nature.
Chassé du jardin d’Eden pour avoir marqué, en croquant la pomme, son désir d’accéder à la connaissance et au concept du bien et du mal, qu’en fait l’homme, et le chrétien en premier ? Nous préparons à nos enfants et petits-enfants un héritage qui hypothèque déjà la survie de beaucoup de populations dans le monde, toujours les faibles et les pauvres, des millions en meurent chaque année et cet inconcevable est devenu réalité chez nous.
En boutade, je terminerai en rappelant que du temps des anciens les parents disaient « C’est la faute de la bombe atomique ! » Ou encore « Qu’avons-nous fait à Dieu pour mériter cela ? » C’est toujours la faute d’un autre... la canicule nous l’a démontré au plus haut.

Christian de Mittelwihr est directeur de recherches au CNRS.

 

 Publication reproduite avec l'accord exprès de la Rédaction de Réforme 

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