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  • Voyager : envie ou besoin ?

    La surconsommation depuis une bonne quarantaine d’année a eu une conséquence largement méconnue, mais fortement encouragée, qui est de transformer de nos envies en besoins [1], et ceux-ci ont grandi pour se rapprocher du biblique Veau d’Or.
    Voyager et partir en vacances est consommer sans limites : nous pouvons le mesurer à chaque période de jours fériés et de vacances scolaires par la longueur des ralentissements sur les autoroutes. Ainsi, a été remplacé le prendre des congés par partir en vacances, et c’est vite devenu un « besoin » vital ! Chaque année, on recense ceux qui ne peuvent partir, ce qui ne les empêche pas de prendre leurs congés, mais c’est une vision contraire  à ce " besoin " vital.
    Dès lors,  on ne peut y renoncer puisque nos vies se sont organisées en ce sens…  jusqu’au jour, il a peu, où le combustible fossile se raréfie et les prix enfin flambent [2]. Loin de se poser de bonnes questions comme nous aurions du le faire depuis plus de 50 ans, les citoyens se sentent brutalement frustrer, car sevrer de leur dose quotidienne. Aussi, il faut au plus vite appliquer la méthode devenue habituelle : trouver le ou les boucs émissaires pour les faire payer la fin de notre sevrage, là aussi la bible les évoque. Et notre mode de vie, issu d’une époque totalement révolue, le siècle dernier, pourra ne pas changer et mieux, de plus en plus facile - on peut rêver ou vite devenir réaliste [3]. Et surtout ne pas parler de qui peut le changer ou ce qui a déjà rendu notre mode de vie obsolète, selon la formule à l’insu de notre plein gré : le fameux changement climatique qui cache une réalité bien plus difficile encore, c’est l’évolution écologique que nous contribuons jour après jour à rendre notre proche futur plus difficile jusqu’à devenir impossible.
    Sur nos besoins de voyager [4], ces dernières années auraient pourtant largement dû nous mettre la puce à l’oreille ! On peut ignorer que des chercheurs en médecine ont bien avertis dans les années 1980 sur les conséquences de l’évolution écologique dont la résurgence d’anciennes maladies et surtout de nouvelles et des fort risques de pandémie liés à nos voyages : car, en 1976, la première alerte sérieuse fut la maladie à virus d’Ebola (mortel à 50%) qui a été rapidement circonscrit par l’arrêt de tous les déplacements et vols dans, de et vers les zones concernées lors des épidémies au Soudan et en République démocratique du Congo (ex Zaïre).
    Puis, la pandémie de la Covid a été impossible à circonscrire au vu de nos besoins commerciaux. Pourtant, nombreux furent les scientifiques à se rappeler Ebola – mortelle à 50%, et j’en fus. Alors rappelez-vous des réactions face au confinement ! Il y a encore quelques jours l’apparition de l’hantavirus (mortel à 40 %) à bord d’un navire de croisières nous a rappelé que voyager n’est pas sans risques, surtout quand on les ignore.

    Vivement que nous puissions oublier cela et reprendre nos « besoins » comme avant, et que le président arrête l’inflation et augmentent nos subventions en baissant nos taxes !
    Nous n’avons pas encore réalisé que ces scientifiques - forcément "catastrophistes" - ont annoncé : l’année 2026 comme la plus chaude jamais enregistrée. Et pour les conséquences, il y aura des boucs émissaires, et ce sont les responsables - NOUS - qui allons les désigner. Et notre irresponsabilité ne pourrait-elle provoquer de l'éco-anxiété ?

    Christian de Mittelwihr



    Notes :

    [1] Parmi les nombreuses utilisations de ces deux mots, nous retiendrons ici : Besoin prend le sens : en situation ou état de manque ! Envie traduit un désir comme une passion négative ou un désir de ce que d'autres possèdent. Alors que penser quand nos envies deviennent des besoins. À noter que la géopolitique actuelle nous donne des exemples glaçants (Israël, Russie, USA...).

    [2] Au siècle dernier vers 1980, des scientifiques ont calculé quelle augmentation du litre d’essence faudrait-il imposer pour ne pas aggraver le changement dans le futur (et nous y sommes !) : la réponse fut doubler le prix. Evidemment impossible et nous en mesurons les conséquences aujourd’hui. Ce prix à travers l’évolution du niveau de vie aurait mis le litre entre 4 et 5 €. Si ce prix était l’actuel, notre mode de vie aurait évolué en conséquence et rien ne permet de supposer que nous vivrions plus mal qu’aujourd’hui mais probablement mieux et avec une absence d’éco-anxiété.

    [3] L’impact de l’action individuelle n’est pas du tout négligeable – à condition de ne pas la limiter à des actions symboliques et marginales [...] L’engagement des individus et des ménages vers une décarbonation des modes de vie est assurément incontournable, et pour autant insuffisante pour atteindre les objectifs (Dugast & Soyeux, 2019. Faire sa part ? Pouvoir et responsabilité des individus, des entreprises et de l’Etat face à l’urgence climatique. Carbone 4, Paris, 21 p.).

    [4] Nous n'évoquerons pas ici la nécessité vitale de passer au 0 combustibles fossiles. Néanmoins une petite note : il y a quelques années un journaliste a fait le bilan carbone de son réveillon et le Nouvel An passé à Athènes, puis du temps nécessaire pour compenser la dépense carbone sur ces deux jours : réponse = un an de "restrictions" quotidiennes.


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