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Lors de la destruction de Sodome et Gomorrhe, l’épisode de la femme de Lot transformée en statue de sel, car elle s’est retournée, a marqué ma jeunesse ; les bibles pour enfants étaient toujours bien illustrées ! Il m’a toujours intrigué sans vraiment avoir une réponse logique satisfaisante à mes questions : pourquoi je ne pas pouvoir jeter un regard en arrière et pourquoi Dieu a-t-il statufié cette femme de famille pour cela ? En effet, elle était avec son mari et ses deux filles. Curieusement, ce n’est que très récemment que cet épisode m’est revenu en mémoire à l’occasion de faits majeurs liés aux manifestations des gilets jaunes et au confinement à cause d’un virus. Alors que, depuis 20 ans, nous avons changé de siècle entrant à la fois dans le numérique et un changement climatique drastique. Or, ces deux événements ont été caractérisés par un refus sociétal, même un rejet, de l’évolution indispensable pour aborder notre futur et à tenter d’assurer notre survie. Et malheureusement c’est en s’arc-boutant sur un passé, par peur du futur, en refusant de revoir les acquis sociaux, les changements primordiaux et en exigeant de revenir à la vie d’avant, alors que tout dans notre quotidien nous en empêche, on ne fait que précipiter la fin de notre vie passée tout en obérant notre futur. L’obligation d’évoluer, souvent dans un changement drastique, est la condition de notre survie, comme les travaux scientifiques la documentent sur plus de 550 millions d’années. Et là, j’ai compris ce que cette statue de sel nous apprend : ne te retourne jamais dans ton passé, si tu veux vivre demain, et pour notre espèce humaine aujourd'hui... survivre ! Pour le scientifique, spécialiste de l’Evolution, que je suis, cela se traduit par la loi de Dollo, datée de 1893, qui peut se résumer par l’irréversibilité de l’évolution. Donc, jamais de retour en arrière. C’est peut être aussi cet épisode de Sodome et Gomorrhe, qui fait qu’inconsciemment je situe très mal un événement habituel dans le passé. Hypothèse la plus récente de la destruction de Sodome C'est sur le site de Tall el-Hammam (Jordanie), dans la vallée du Jourdain, région du Kikkar, qu'a été découverte la ville de Sodome (carte), une dizaine de km au NE de la mer Morte. Ses vertiges, découverts par les archéologues dirigé par S. Collins, appartiennent à une grande cité de l’âge du Bronze, qui, comparée avec les villes avoisinantes, serait dix fois plus étendue. Quant à Gomorrhe, sa localisation n’est pas encore définitivement établie. ![]() D'après les dernières études, la destruction de la région sur environ 500 km2, est due à l'explosion d'une météorite en altitude, avec une pluie de fragments et une onde de choc thermique extrême, vers environ 1700 ans avant J.-C., correspondant à l’âge du Bronze moyen. Les effets de cette explosion sont attestés par la vitrification de poterie et des signes de chaleur intense sur de nombreux sites archéologiques dans cette zone ; d'autres analyses ont révélé un apport massif de saumure issue de la mer Morte située à quelques km par effet de souffle. Ensuite, cette zone a été abandonnée durant plusieurs siècles, peut-être 7. Cartes de la basse-vallée du Jourdain et de la mer Morte : étoiles rouges = les localités identifiées actuellement comme Sodome, Gomorrhe et Tsoar ; étoiles noires = les sites antérieurs de Sodome (S) et de Gomorrhe (G). Cette explosion est à mettre en parallèle avec l’événement de la Toungouska qui est survenu le 30 juin 1908 en Sibérie centrale (Russie) : une énorme explosion en altitude, accompagnée de phénomènes optiques, acoustiques et mécaniques très importants ; une boule de feu éclatante traverse le ciel clair en laissant le long de sa trajectoire un cortège de poussières. L'étude du site, commencée dix-neuf ans après l'explosion, a montré l'importance des dégâts, notamment dans un rayon de 15 à 18 km, les arbres sont plus ou moins brûlés et au-delà sur une surface de 30 à 40 km de rayon, ils ont été abattus. Récit mythique d’après la Bible La Bible reste un ouvrage religieux et les auteurs du chapitre de la Genèse rapporte à Dieu (Jehova), voire à El, des phénomènes inexplicables pour eux tout en y ajoutant les causes les engendrant et responsables de l’action de Dieu. La destruction de Sodome et Gomorrhe en est un bel exemple : décrite pour la méchanceté et dépravation ses habitants (Gen. 13 : 13, 19 : 13), notamment sexuelles, l’Eternel décida de détruire ces deux villes en faisant pleuvoir du ciel sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu - il détruisit ces villes, toute la plaine et tous les habitants des villes, et les plantes de la terre (Gen. 19 : 24, 25). Si Lot et sa famille au moment de l’explosion venait d’arriver à Tsoar, localisée dans le Sud de la mer Morte, a plus de 80 km de Sodome ; la femme de Lot serait alors morte des projections de saumure, la transformant en statue de sel (Gen. 19 : 17, 26). Vu l’événement, le fait de se retourner ou pas, ne change rien, et les autres membres de famille devraient être à l’abri, elle non. Rappelons que le mot sodomie (acte sexuel) est dérivé de sodomia en latin catholique au VIe siècle d’après la ville Sodoma. La condamnation de cet acte a été basée sur ce récit mythique qui n’en apporte aucune justification, d’autant que la destruction est consécutive à un événement naturel et que le comportement des habitants de toute la région n’y est en aucun cas lié. Aucun théologien ne peut apporter la moindre preuve que Dieu, ou un dieu, pourrait être à l’origine de ce massacre "annoncé" ! Ce récit biblique corrobore que la Théologie commence là où la Connaissance (scientifique) s’arrête. Et cette dernière repousse les limites quotidiennement (Emig, 2009). Des dogmes religieux basés sur les faits obsolètes doivent être rapidement corrigés, car ils n’ont plus aucune incidence sur les croyants, sauf les intégristes. Tableau avec les versets des chapitres 13 et 19 de la Genèse (Ancien Testament), concernant l'évènement traité ici.
Quelques-unes des références consultées Baubérot J. et al. (Eds.) (2019). La sécularisation en question - religions et laïcités au prisme des sciences sociales. Classiques Garnier, Paris, Bibliothèque de science politique, n° 3, 746 p. Bayers G. (2009). Tall el-Hammam 2008: A personal perspective. http://65.61.14.143/post/2009/01/12/Tall-el-Hammam-2008-A-Personal-Perspective.aspx, consulté 13-11-2020. Collins S. & L. C. Scott (2013). Discovering the City of Sodom. Simon & Schuster, 352 p. Dollo L. (1893). Les lois de l'évolution. Bulletin de la Société belge de Géologie, de Paléontologie et d'Hydrologie, 7, 164-166. Eddington A. S. (1928). The nature of the physical world. Macmillan, New York, 396 p. Emig C. C. (1985). Relations entre l'espèce, structure dissipatrice biologique, et l'écosystème, structure dissipatrice écologique. Contribution à la théorie de l'évolution des systèmes non-en équilibre. C. R. Acad. Sci. Paris, 300 (Sect. 3) (8), 323-326. Emig C. C. (2008). La naissance du temps et ses conséquences. In : Penser le temps... Actes du 129e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques (Besançon, 2004). Collection orientations et méthodes, 11. Éditions du CTHS, Paris, p. 51-62. Emig C. C. (2009). Science et Théologie : quelques bases pour renouveler le débat. Nouveaux eCrits scientifiques, NeCs_01-2009, 6 p. Emig C. C. (2019). Une église verte... labélisée. Nouveaux eCrits scientifiques, NeCs_02-2019, p. 1-7. Ledure Y. (2012). Sécularisation et statut du religieux. Mémoires de l’Académie Nationale de Metz, 12, 223-237. Sacleux A. (2020). Sodome et Gomorrhe, du mythe à la réalité. National Geographic, avril 2020. https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2020/04/sodome-et-gomorrhe-du-mythe-la-realite - Consulté le 7-11-2020
Christian de Mittelwihr |
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Blogade 15 - Mise en ligne le 14 novembre 2020 |
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