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les « Shadoks-citoyens »

Pêcher plus, pour gagner plus



      Suite aux résultats des récentes recherches scientifiques sur le thon rouge en Mer Méditerranée, la Commission Européenne accepte de prendre en compte les données catastrophiques des scientifiques, relayée par les principales ONG marines méditerranéennes comme Oceano, WWF, Greenpeace, Oceanografos sin fronteras.

      L'Union Européenne a refusé mardi 24 juin de céder aux pressions pour rouvrir la pêche au thon rouge, après avoir examiné la situation de cette pêcherie qui est menacée d'extinction en raison de la surexploitation et des captures illégales et pratiques interdites. Et la liste des navires « pirates » s'allonge de jour en jour. Déjà en 2007, la France avait été tancée par Bruxelles  pour avoir pêché près de 10.000 tonnes de thon rouge contre 5.593 autorisées. Pourtant, les pêcheurs-senneurs, après avoir voulu laisser croire qu'ils étaient capables de gérer les stocks de thon en Mer Méditerranée, sont vite revenus à leur pratique ancestrale : pêcher plus pour gagner plus. L’avenir de la ressource de thon rouge (Thunnus thynnus) en Méditerranée est en effet sérieusement menacé. L'espèce est en danger de surexploitation: « tous les indicateurs vont dans le rouge », martèle l’ICCAT (Commission pour la conservation des thonidés de l'Atlantique), organisme international regroupant les pays impliqués dans cette pêche.

      Savoir, vouloir, gérer un stock de poissons suppose de passer un contrat avec les scientifiques, de payer pour le travail demandé, d'en accepter le résultat, de le mettre en pratique - c'est cela un comportement pour un développement durable. Ce manque de prévoyance a aujourd'hui des conséquences économiques dramatiques pour les pêcheurs. Il aura fallu s'en préoccuper, il y a 20 ans quand les biologistes marins ont commencé à agiter la « cloche » - mais tant qu'il y a du poisson, on pêche avec des quotas pipés, des moyens illégaux, des filets interdits... et le moderne « pêcher plus pour gagner plus » sonne comme « le travailler plus pour gagner plus » : des slogans incompatibles avec le développement durable.

La Commission Européenne et les scientifiques le leur rappellent.

      La Commission, dénonçant des « manquements dans la communication des données  de captures », a estimé que le quota attribué à l'UE pour 2007-2008  par la Commission internationale pour la conservation des thonidés de  l'Atlantique était "bel et bien » épuisé - depuis le 13 juin pour les navires français, soit trois jours avant la date anticipée de clotûre. Le thon rouge, victime de son succès auprès des consommateurs, est menacé d'extinction : la forte demande de poisson sur le marché alimentaire implique une augmentation des prises qui dépassent les capacités de renouvellement des stocks. Il serait criminel de vouloir permettre une augmentation des captures pour compenser le prix du gazole.

      Si les pêcheurs méditerranéens français et italiens se disent en colère contre l'interdiction de la pêche au thon rouge en Méditerranée, ils devraient, en fait, commencer à le faire contre eux-mêmes, car c'est d'abord toute la profession qui est pointée du doigt. L'Espagne vient de reconnaître le dépassement des quotas. La France mise sur les contradictions entre les impératifs économiques et les logiques environnementales de préservation des espèces, espérant la possibilité d'un compromis qui ne serait que continuer de transformer notre « mare nostrum » en un désert - pour de bon la « Grande Bleue »… pour nos enfants.

      Un patron-pêcheur, dans une interview de « La Provence » (Marseille) en juin 2008, demande de pouvoir chaluter dans les limites des 3 milles de la côte pour pouvoir maintenir son pouvoir d’achat – annonçant un salaire de 50000 Euros en 2001 (soit deux fois plus qu’un chercheur confirmé). Or, la bande littorale des 2-3 milles bien qu’interdite au chalutage pour sauvegarder fonds et ressources pour les autres pêcheurs est régulièrement investie au point que dans le Languedoc, il a fallu, il y a quelques années déjà, installer des récifs contre les filets des chalutiers qui se permettaient même de pirater entre les parcs à moules !

      « Nous ne sommes pas des malfrats, » vocifèrent-ils - peut-être, mais certains sont des délinquants de la mer. Et le président du Syndicat des thoniers méditerranéens de menacer « j'ai peur que cela finisse très mal » - mais sûrement pas comme il le souhaite !

Christian de Mittelwihr


      Quelques liens que les pêcheurs ne semblent ni aimer, ni lire :


Les « Shadoks-citoyens » et les « gibis-pêcheurs »

      Les quotas de pêche c'est comme les vitesses maximales sur les autoroutes : nul ne doit les dépasser... sauf les professionnels car eux ils travaillent (disent-ils et veulent travailler plus pour gagner plus ! - avant on disait le temps c'est de l'argent). Alkors, arrivés au péage ceux qui ont fait le trajet en dessous de la vitesse maximale demandent à l'Etat une subvention pour vitesse maximale non atteinte ! Il devient vraiment utile de leur rappeler que nul pêcheur n'est tenu d'atteindre le quota... mais de ne pas le dépaser !
      De l'espoir pour les camionneurs si les pêcheurs le concèdent ! Ensuite il reste à prendre le pastis en attendant que tombent les subventions. Des agriculteurs italiens plantaient de faux oliviers pour toucher plus. Et au bout du solde pour tout compte... le porte-monnaie du citoyen constate un... travailler plus pour gagner moins : les « Shadoks-citoyens » pompent pour le remplir et les « gentils gibis-pêcheurs » y puisent facilement pour le vider.
      Tout çà pourque les Japonais puissent manger des sushis.

Christian de Mittelwihr

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Blogade 4 - Mise en ligne le   1 juillet 2008 - modifié le 4 juillet 2008

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